mardi 10 novembre 2009

11 novembre 1918 à 11 heures : Un message de première importance

Le Muguet Porte-Bonheur
 
Le simple fait que les derniers survivants français de la Première Guerre mondiale ne soient plus de ce monde risque de nous éloigner plus encore d'un fait d'histoire majeur. Au fil des années à venir, les contours de 14-18 vont apparaître aux jeunes générations avec moins d'acuité. Un peu comme c'est le cas aujourd'hui avec la guerre franco-prussienne de 1870 qui - pensez donc ! - précipita la chute du Second empire après le célèbre désastre de Sedan...

La Première Guerre mondiale fut évidemment bien plus meurtrière que celle de 70 qui est pratiquement entrée dans l'imagerie d'Epinal. Les chiffres l'attestent sans peine, l'âpreté, la durée des combats : plus de 300 000 morts à Verdun, pratiquement onze mois d'affrontement, de février à décembre 1916. Une « Victoire » française mais le terme est-il judicieux ? Tant de souffrance et tant de sang, une terre à jamais meurtrie, paysage lunaire avec ses cratères. Tout cela pour une victoire plus symbolique que stratégique. La France se drape dans l'honneur de Verdun mais le linceul est hors de prix.

Mais il n'y a pas que Verdun ou la Bataille de la Somme qui se déroula aussi en cette année 1916. Les Dardanelles un peu plus tôt, le Chemin des Dames beaucoup plus tard. Au-delà de ces termes exotiques ou charmants, il y a une guerre au quotidien avec des poilus qui s'enterrent chaque jour un peu plus dans les tranchées, qui écrivent à leurs proches. En ville, des femmes qui prennent la place des hommes dans les usines, qui conduisent des tramways. Et puis, à l'arrière, des planqués qui ne font pas grand-chose d'utile mis à part de planter de temps à autre, selon les nouvelles des journaux ou les communiqués de l'Etat-major des petits drapeaux sur la carte du front. Pourvu qu'ils tiennent, disait d'eux un dessin satirique dans la presse de l'époque.

La France jusque là puissance économique majeure est dévastée. S'en est fini du règne redoutable du franc-or, le franc de Germinal. Désormais le pays va devoir tendre la main aux nouveaux riches et faire une croix sur les emprunts russes dont il ne reverra jamais la couleur d'un sou. C'est cela aussi la guerre. Et puis, pour finir le cauchemar, cette grippe espagnole, sorte de H1N1 contre laquelle il n'existait aucun vaccin et qui va faucher par millions, hommes, femmes et enfants que les pénuries et privations de toutes sortes ont fragilisés.



Fortuné l'infortuné

Les chiffres de victimes ont un gros défaut : s'ils marquent les esprits, ils ne font pas dans le détail. Il ne faut donc ne pas en abuser et revenir vers l'unité - ce qui est unique, l'individu. Avec deux poilus de la Grande Guerre. Le premier s'appelait Fortuné Emile Pouget, il était cavalier au 12ème Chasseur. Il a été tué d'une balle qui lui a traversé le crane alors qu'il montait la garde pas très loin de Pont à Mousson. Il ne s'est rendu compte de rien. L'infortuné Fortuné avait 21 ans et probablement une gentille fiancée qui ne s'appelait pas Nini peau d'chien mais qui l'attendait à Paname.

Parisien, il était passé par la Lorraine et s'y était arrêté. Définitivement. Signe particulier, tué le 4 août 1914, c'est le premier mort de la Grande Guerre. Avant lui, le 2 août, un officier allemand abat d'un coup de révolver, le caporal Peugeot au sud de Belfort. Seulement voila, le 1er août 1914, l'Allemagne déclare la guerre à la Russie, le 3 à la France. Le 4, la Grande-Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne et le 5, l'Autriche-Hongrie entre dans le conflit. Sordide logique, Peugeot est mort alors que la France n'était pas en guerre contre l'Allemagne. Il n'est donc pas le premier mort de la guerre 1914-1918.

Augustin Trébuchon 1878-11 nov 1918
Lorsque tomba Augustin Trébuchon
S'il y a eu un premier mort en 1914, il y en a eu un dernier, bien sûr, en 1918. Mais là encore, les choses ne sont pas si simples. L'armistice est signé le 11 novembre 1918 entre 5h10 et 5h20 du matin dans un wagon-salon du train du maréchal Foch, dans un endroit tenu secret, en forêt de Compiègne, la futaie de Rethondes.
Emprunté du latin médiéval armistitium, formé à l'aide du latin arma, « arme(s) », et statio, « état d'immobilité », l'armistice ne signifie donc pas la fin de la guerre mais la suspension des hostilités convenue entre des belligérants. Son entrée en vigueur est fixée au même jour à 11 heures et donc le 11 du 11ème mois à 11 heures. Les armes ne vont pas se taire le 11 novembre et pour reprendre ce chiffre 11, on estime que le dernier jour de guerre a pu faire 11 000 morts.

Parmi ces morts, un quart d'heure avant le cessez-le-feu, à 10h45, tombe Augustin Joseph Louis Victorin Trébuchon, estafette de 1ère classe, porteur d'un message pour son capitaine. Agé de 40 ans, il avait traversé toute la Guerre depuis 1914. Il est « Mort pour la France » mais à un petit détail près. Pour les autorités militaires, pas question de mourir le jour de la victoire. Alors, on a avancé sa mort d'une journée comme pour ...tous les autres soldats français morts ce jour-là. En ce qui concerne le message dont Trébuchon était porteur et qui lui coûta la vie, il émanait de l'Etat-major de Foch et fixait la fin des combats à 11 heures.

Lire : survivants officiels, officieux et anonymes


Gérard Conreur pour France Culture, 10 novembre 2009

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