« J'exprime aujourd'hui la profonde émotion et l'infinie tristesse de l'ensemble de la nation alors que disparaît Lazare Ponticelli, dernier survivant des combattants français de la Première guerre mondiale ». C'est Nicolas Sarkozy qui écrit ces mots et l'Elysée précise qu'un hommage national sera rendu dans les prochains jours « à l'ensemble des Français mobilisés durant la Première guerre mondiale. » Nous sommes le mercredi 12 mars 2008.
Lazare Ponticelli était une figure emblématique : « J'ai voulu défendre la France parce qu'elle m'avait donné à manger » disait-il avec des mots qui ne trompent pas. Famille très pauvre d'Emilie Romagne que la misère achève de disloquer. Père et frère morts, abandonné par sa mère puis par le reste de la famille partie en France où il y a du travail. Lazare trop jeune est resté là en Italie, dans son pays, mais seul. Alors lui aussi va partir et connaître le destin tricolore que l'on sait.
1er janvier 2008, une période propice aux voeux de bonne et heureuse année et qui va reléguer au second plan la disparition de Erich Kästner. Erich Kästner était une figure en Allemagne : poète, écrivain, scénariste. Ses oeuvres ont été adaptées au cinéma. En France, on peut citer par exemple : Les Aventures fantastiques du baron Munchhausen. En fait et pour couper court, cet Erich Kästner n'est pas celui qui nous intéresse.
| Les caresses de guerre ont un charme troublant |
Le Erich Kästner décédé le 1er janvier 2008 à l'âge de 107 ans était surtout connu pour être le deuxième plus vieil homme vivant en Allemagne et beaucoup moins pour être le dernier survivant de 14-18. Parce qu'en Allemagne la Seconde Guerre mondiale avec ses abominations, sa puissance meurtrière, a relégué la Grande guerre de 1914-1918 au second plan. Et puis, le pays était vaincu et humilié. Alors à quoi bon dresser des listes ou commémorer quoi que ce soit, en l'occurrence, une défaite nationale ?
Kästner qui avait défilé devant le kaiser Guillaume II eut le droit de remettre ça en 1939-1945 avant de disparaître anonymement alors que chacun fêter la nouvelle année 2008. Alors, un mort est-il égal à un autre mort ? Pour un poilu discutant avec un autre poilu dans la boue des tranchées, peut-être. Sûrement pas pour un militaire, encore moins pour un politique.
En France et jusqu'en 1995, seuls les anciens combattants touchant une retraite et les pensionnés pour invalidité étaient recensés. Trois mois de front et une demande formelle étaient nécessaires. Dans les arcanes d'une bureaucratie qui fait de la France un pays exemplaire, on peut penser qu'au moins deux vénérables poilus ont échappé aux honneurs faute d'un temps de présence suffisant au front. C'est le cas de Pierre Picault et de Fernand Goux qui ont survécu à Lazare Ponticelli avant de disparaître tous les deux en novembre 2008 respectivement âgés de 109 et 108 ans.
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Gérard Conreur pour France Culture 10 novembre 2009

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