Devenu aujourd’hui, Domaine national de Saint-Cloud, on se souvient essentiellement du château de Monsieur, Duc d’Anjou, frère du roi Louis XIV qui en fait l’acquisition en 1658. Dès lors, le château de Saint-Cloud va s’inscrire dans notre histoire au fil des siècles. Offert en 1784 par Louis XVI à Marie-Antoinette, le château sera le théâtre du Coup d’Etat du 18 brumaire qui vit le Directoire remplacé par le Consulat en 1799. C’est à Saint-Cloud enfin que Napoléon III déclare la guerre à la Prusse. Après le désastre de Sedan et tandis que Paris est assiégé, le château de Saint-Cloud est occupé par les Prussiens qui y établissent leur quartier-général jusqu’à cet incendie du 13 octobre 1870. Comme pour les Tuileries, l’essentiel restait debout et divers projets vont être envisagés pour la sauvegarde des ruines de Saint-Cloud mais aucun n’aboutira. Vingt ans après le désastre, le couperet de la IIIème République tombe en 1891, pour des raisons de sécurité, la destruction totale est décidée. On gomme ainsi plusieurs siècles d’histoire.
| Cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou |
D’autres reconstructions se sont imposées immédiatement : le parlement de Bretagne à Rennes dévasté par les flammes en 1994, la Fenice de Venise également ravagée par le feu en 1996 ou plus symboliquement le vieux pont de Mostar en Bosnie détruit depuis les positions croates en 1993 et reconstruit à l’identique sous l’égide de l’Unesco. Que dire enfin de tous ces monuments victimes de tremblements de terre ou d’inondations catastrophiques comme celles de Florence en 1966 ?
| Le Palais des Tuileries après et avant l'incendie de 1871 |
Il est vrai que le Louvre, sans les Tuileries, offre la vision de deux bras tendus vers le vide, que le parc de Saint-Cloud est un écrin de verdure dans lequel il manque le joyau principal. Les Tuileries reconstruites pourraient devenir une extension du Louvre où la place vient à manquer. Les travaux d’une durée de quatre ans après obtention du permis de construire seraient financés par souscription et appel au mécénat sans qu’il en coûte un sou au contribuable. Même chose pour le Château de Saint-Cloud qui pourrait abriter un musée vivant des métiers d’art à la française et dont la reconstruction serait autofinancée par les visiteurs comme c’est le cas aujourd’hui pour d’autres chantiers de reconstruction.
La reconstruction a ses partisans mais aussi ses détracteurs. Le domaine est plus sensible qu’on ne l’imagine et ne se limite pas à des questions d’urbanisme ou de perspectives, à des sommes investies ici au lieu de l’être là, à ces milliers d’heures de travail confiées aux artisans d’art, compagnons tailleurs de pierre, charpentiers ou maitres ferronniers. Parfois en évoquant la reconstruction de la demeure des rois, on effleure (de lys) le délit de lèse-République…
Retour : 27ème édition des Journées européennes du patrimoine
Gérard Conreur pour France Culture, 14 septembre 2010
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