mardi 14 septembre 2010

Patrimoine : 27ème édition des Journées européennes du patrimoine

Evénement désormais classique de la rentrée, les Journées européennes du patrimoine auront lieu les 18 et 19 septembre. L’année dernière, plus de 12 millions de visites ont souligné le vif engouement des Français pour leur patrimoine. Un patrimoine au sens très large du terme : architecture historique, religieuse mais aussi témoins de notre histoire au quotidien, de notre activité industrielle, militaire, agricole, parcs et jardins, mobiliers... Bref, tout ce qui fait notre identité culturelle. 

Les Journées européennes du patrimoine, c’est peut être aussi l’occasion en se penchant sur notre passé d’imaginer d’autres actions visant, non à le faire renaître mais à lui rendre parfois sa place dans notre histoire. Il existe ainsi des ruines qui, par la passion des hommes, peuvent progressivement se relever. Certains projets de reconstruction paraissent utopiques mais d’autres reposent sur de solides bases. Ainsi la plupart des visiteurs de l’actuel Hôtel de ville de Paris imaginent-ils encore l’état de ruine dans lequel se trouvait l’édifice après les événements tragiques de la Commune de Paris ? Si le Louvre fut sauvé de l’incendie in extremis, il n’en fut pas de même du palais des Tuileries qui brûla durant trois jours.

Malgré tout, à l’inverse de l’Hôtel de ville bien plus endommagé, les façades et le gros œuvre des Tuileries demeuraient en place. Seuls la toiture, les planchers et l’aménagement intérieur avaient brûlé et une reconstruction restait tout à fait possible. Les photographies de l’époque nous dévoilent d’ailleurs un immense bâtiment presque intact. Malgré les requêtes, nombreuses pétitions, commissions parlementaires, les noms du baron Haussmann et de Viollet-le-Duc, tous les deux très impliqués pour le sauvetage du palais, les ruines furent définitivement rasées en 1883 alors que rien ne le justifiait. Aujourd’hui, des voix s’élèvent à nouveau et il existe un Comité national pour la reconstruction des Tuileries. 


Frauenkirche de Dresde ©Wikipedia
Après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est en ruines. A la suite des bombardements, des chefs d’œuvre architecturaux ont subi de tels dommages que tout espoir de les sauver semble perdu. Ainsi en est-il de la Frauenkirche de Dresde, probablement l’une des plus belles églises luthériennes d’Allemagne. Edifiée au début du XVIIIème siècle, elle fut totalement anéantie non par les bombardements alliés intensifs qui détruisirent Dresde mais par la chaleur des incendies. Puis c’est le partage de l’Allemagne, Dresde est située en RDA et durant quarante cinq ans, les herbes folles prennent possession d’un terrain vague un peu surélevé constitué de gravats et de pierrailles. C’est après la réunification de 1990 que des initiatives encore bien modestes voient le jour notamment lors du 45ème anniversaire de la destruction de Dresde. Quelques passionnés vont parvenir à fédérer un élan national qui, bientôt, dépassera les frontières. Vingt pays s’impliqueront dans le projet. Entre le déblayage des gravats, la pose de la première pierre en mai 1994 et l’achèvement de la reconstruction, plus de dix ans se sont écoulés au chevet d’un chantier d’une invraisemblable complexité mais le défi a bel et bien été relevé.


Le centre historique de Varsovie est un autre exemple de reconstruction à couper le souffle. La ville a été délibérément détruite en août 1944 en représailles contre la résistance polonaise. Après l’échec d’une insurrection qui dura 63 jours, les nazis ont incendié la capitale polonaise, maison par maison, rue après rue avant de faire sauter les édifices historiques. Les ruines de Varsovie devaient servir d’exemple à l’Europe occupée. Varsovie comptait 1,3 million d’habitants à la veille de la Seconde Guerre mondiale. 800 000 personnes y ont trouvé la mort entre 1939 et 1945. La ville a été détruite à 85%. Certains quartiers, en particulier la vieille ville et le ghetto, au nord de l’agglomération, ont été complètement rasés. Seuls quelques pans de façade restés debout permettaient de situer le tracé des anciennes rues disparues sous les décombres des immeubles effondrés. Dès la fin de la guerre, des varsoviens reviennent dans la capitale dévastée et malgré des difficultés innombrables à vivre dans les décombres d’une cité où plus rien ne fonctionne, éclairage, eau, électricité, ils vont jouer un rôle déterminant dans la patiente reconstruction de leur ville. La vieille ville de Varsovie est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 1980. Tout n’est pas encore terminé mais les Polonais n’ont pas, non plus, l’intention d’en rester là.

A lire aussi : Reconstruireles Tuileries ou Saint-Cloud ?



Gérard Conreur pour France Culture, 14 septembre 2010

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