mardi 6 juillet 2010

A l'heure du Bac 2010, les vertes années du Certif...



Le Certificat d’Etudes Primaires, le Certif pour ceux qui l’ont connu, c’était une série d’images qui nous faisait entrer dans la cour de récré d’une École communale avec son préau et ses deux ou trois platanes dont les première feuilles mortes tapissant le sol sonnaient l’heure de la rentrée et la fin de l’été. Ces fameuses feuilles d’automne emportées par le vent...  Murmures de la récitation en chœur des tables de multiplication. Sur les murs de la classe, entourant le tableau noir, la carte de France avec son bassin parisien, son massif central, son golfe du lion, ses grands fleuves, l’énigmatique Mont Gerbier des Joncs, ses fascinants Puy de Sancy et Plomb du Cantal... Sur une autre planche, les mesures du système métrique avec ses poids et ses mesures joliment illustrés. Il y avait aussi la coupe d’une fleur avec son pistil, ses pétales curieusement masculins, ses étamines définitivement féminines. D’autres images encore... Une abeille en écorché ou une grenouille. Inoubliables leçons de chose ou de morale. La date à la craie et cette encre violette qui faisait des pâtés à cinq carreaux de la marge. 

Ecole de la République - Vely ©Fotolia.com


C’est en 1866 dans la France du Second Empire et sous l’impulsion de Victor Duruy, ministre de l’instruction publique, que naît le Certificat d’Etudes Primaires. Quelques années plus tard, entre 1880 et 1882, changement de régime - nous sommes alors sous la III° République -, Jules Ferry rend l’école respectivement laïque, gratuite et obligatoire. Il est confié à l’instituteur le soin d’enseigner la lecture et l’écriture mais aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celles du langage ou du calcul. C’est le temps des Hussards noirs de la République. Être instituteur ce n’est pas choisir une profession comme une autre mais bien plus s’engager dans un véritable sacerdoce. L’instituteur est un notable d’un nouveau genre, ni maire, ni notaire, ni aristo. Dans une France résolument catholique, il ne fréquente pas l’église et explique la création du monde par la mécanique céleste. Fervent républicain, souvent très seul, il n’attend rien de personne. Il n’est pas rare qu’il paie sur son modeste traitement  l’équipement pédagogique de sa classe. C’est un moraliste né, il refuse l’apéritif parce que l’alcool ruine l’honnête travailleur et plonge sa famille dans la misère. L’eau est pour lui la plus hygiénique des boissons et la plus économique aussi. Dans les villages, Monsieur le Curé et Monsieur l’Instituteur font rarement bon ménage. Les souvenirs de Marcel Pagnol, enfant, - son père était lui-même instituteur – même largement romancés nous laissent de cette époque du début du XX° siècle un témoignage tendre et drôle.
Le but que se fixe l’instituteur des campagnes mais aussi des villes, son idée fixe : présenter tous ses enfants sans exception à l’examen du redouté et prestigieux Certificat d’Études Primaires. Il ne faut pas qu’il y ait le moindre échec.

La carte de France et Marianne
Symboles de la Classe, la carte de France et Marianne
Le précieux diplôme que l’on apparentera bien à tort à un baccalauréat du pauvre sanctionne la fin des études comme le souligne un texte de 1882 : Il est institué un certificat d'études primaires ; il est décerné après un examen public auquel pourront se présenter les enfants dès l'âge de onze ans. Ceux qui, à partir de cet âge, auront obtenu le certificat d'études primaires, seront dispensés du temps de scolarité obligatoire qui leur restait à passer. Et ils pourront donc entrer dans la vie active. C’est la raison d’être du Certificat d’Études Primaires à tel point que par la suite deux années supplémentaires après celles du cours moyen seront nécessaires pour tous ceux qui n’entrant pas dans le Secondaire souhaitent être présentés à l’examen. Le Certificat d’Études n’est donc en aucun cas un sous-diplôme.

En 1936, le Front populaire qui va rendre la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans ne va pas modifier le statut du C.E.P.  Après la guerre, l’Éducation nationale confirme la vocation du Certificat d’Études à déboucher directement sur le monde du travail même si les classes de fins d’études déclinent inexorablement. La reconstruction puis les Trente glorieuses qui nécessitent une main d’œuvre abondante souvent peu qualifiée marqueront les dernières heures de gloire de ce diplôme progressivement discrédité par le monde enseignant selon lequel sont dirigés vers le C.E.P. tous ceux qui n’aiment pas l’école. En réalité, après le Certif, les scolaires les plus prévoyants optent pour l’entrée en apprentissage ou une formation professionnelle vers un CAP préparé en deux ou trois ans. Lorsque la crise va s’étendre et avec elle le chômage, la seule parade ne sera pas de rendre l’orientation professionnelle plus performante, l’une des faiblesses endémiques de notre système éducatif, mais d’allonger la scolarité sans la mettre véritablement en phase avec les défis du monde actuel. Il s’agit de caser des contingents pour les mettre à l’abri du chômage sans les armer à y faire face.

Le Certificat d'Etudes Primaires est supprimé par décret - et dans l'indifférence générale - au cours de l'été 1989 alors que la France célèbre le bicentenaire de la Révolution.

La Belle Époque du Certificat d’Etudes

Le Certificat d’Études Primaires, premier diplôme exigé pour la titularisation dans les administrations, doit attester que son "impétrant" possède "ce qu'il n'est pas permis d'ignorer", en lecture, écriture, calcul, sciences, mais aussi vie pratique. Les candidats reçus à l’examen sont 14,8% en 1882, ils seront 35% en 1907. Exemples d’épreuves écrites à l’examen de 1900 : Problèmes : Un ouvrier dépense 52,50 F par mois pour sa nourriture, 14 F par mois pour son entretien, 72 F par an pour frais divers. Il place 108 F par semestre à la Caisse d'Épargne. Combien gagne-t-il annuellement ? Dans combien d'années pourra-t-il acheter, avec ses économies, une maison estimée 2 052 F ? Rédaction : Quelques jours avant la révision, un jeune conscrit s'est mutilé volontairement. Dans une lettre à un ami, racontez le fait et votre indignation inspirée par une telle faute.  Épreuves orales : analyse grammaticale : « Le petit agneau suit de loin sa mère, et court au devant d’elle ». Citez une locution adverbiale, une locution prépositive. Quelle est la nature des propositions de cette phrase ? Épreuves d’arithmétique et de système métrique (on veut ainsi lutter contre les vieux réflexes à parler en livre ou en once). Histoire : Pendant la funeste guerre de 70, quelle victoire importante remporte l'armée de la Loire ? Qu'est-ce qui l'empêche de marcher sur Paris et peut-être de sauver la France ? Si le gouvernement de Défense nationale n'a pu sauver la patrie, qu'a-t-il au moins sauvegardé ? Suivent la Géographie, Leçons de choses, selon les régions : agriculture et horticulture. Morale : Que faut-il faire pour remplir vos devoirs envers votre âme ? (ne pas oublier la laïcité et l’anticléricalisme de l’époque). Instruction civique et droit usuel : Quels sont les cultes reconnus et subventionnés par l'État ? Qu'est-ce qu'un vice rédhibitoire ? (idem que la question précédente). Suivent ensuite une épreuve de Chant, une autre de gymnastique et pour les filles, d’économie domestique avec des questions du style : Où est la place de la bonne ménagère ? En quoi bavardages et cancans sont-ils nuisibles ? ou encore : Comment se fait la lessive à la cendre ? Parlez des lessiveuses économiques.

Gérard Conreur pour France Culture 6 juillet 2010

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