Le Certificat
d’Etudes Primaires, le Certif pour ceux qui l’ont connu, c’était
une série d’images qui nous faisait entrer dans la cour de récré d’une École
communale avec son préau et ses deux ou trois platanes dont les première
feuilles mortes tapissant le sol sonnaient l’heure de la rentrée et la fin de
l’été. Ces fameuses feuilles d’automne emportées par le vent... Murmures de la récitation en chœur des tables
de multiplication. Sur les murs de la classe, entourant le tableau noir, la
carte de France avec son bassin parisien, son massif central, son golfe du
lion, ses grands fleuves, l’énigmatique Mont Gerbier des Joncs, ses fascinants
Puy de Sancy et Plomb du Cantal... Sur une autre planche, les mesures du
système métrique avec ses poids et ses mesures joliment illustrés. Il y avait
aussi la coupe d’une fleur avec son pistil, ses pétales curieusement masculins,
ses étamines définitivement féminines. D’autres images encore... Une abeille en
écorché ou une grenouille. Inoubliables leçons de chose ou de morale. La date à
la craie et cette encre violette qui faisait des pâtés à cinq carreaux de la
marge.
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| Ecole de la République - Vely ©Fotolia.com |
C’est en 1866
dans la France du Second Empire et sous l’impulsion de Victor Duruy, ministre
de l’instruction publique, que naît le Certificat d’Etudes Primaires. Quelques
années plus tard, entre 1880 et 1882, changement de régime - nous sommes alors
sous la III° République -, Jules Ferry rend l’école respectivement laïque,
gratuite et obligatoire. Il est confié à l’instituteur le soin d’enseigner la
lecture et l’écriture mais aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui
ne sont pas moins universellement acceptées que celles du langage ou du calcul.
C’est le temps des Hussards noirs de la République. Être instituteur ce n’est
pas choisir une profession comme une autre mais bien plus s’engager dans un
véritable sacerdoce. L’instituteur est un notable d’un nouveau genre, ni maire,
ni notaire, ni aristo. Dans une France résolument catholique, il ne fréquente
pas l’église et explique la création du monde par la mécanique céleste. Fervent
républicain, souvent très seul, il n’attend rien de personne. Il n’est pas rare
qu’il paie sur son modeste traitement
l’équipement pédagogique de sa classe. C’est un moraliste né, il refuse
l’apéritif parce que l’alcool ruine l’honnête travailleur et plonge sa famille
dans la misère. L’eau est pour lui la plus hygiénique des
boissons et la plus économique aussi. Dans les villages, Monsieur le Curé et
Monsieur l’Instituteur font rarement bon ménage. Les souvenirs de Marcel
Pagnol, enfant, - son père était lui-même instituteur – même largement romancés
nous laissent de cette époque du début du XX° siècle un témoignage tendre et
drôle.
Le but que se
fixe l’instituteur des campagnes mais aussi des villes, son idée fixe :
présenter tous ses enfants sans exception à l’examen du
redouté et prestigieux Certificat d’Études Primaires. Il ne faut pas qu’il y
ait le moindre échec.
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| Symboles de la Classe, la carte de France et Marianne |
En 1936, le
Front populaire qui va rendre la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans ne va pas
modifier le statut du C.E.P. Après la
guerre, l’Éducation nationale confirme la vocation du Certificat d’Études à
déboucher directement sur le monde du travail même si les classes de fins
d’études déclinent inexorablement. La reconstruction puis les Trente glorieuses
qui nécessitent une main d’œuvre abondante souvent peu qualifiée marqueront les
dernières heures de gloire de ce diplôme progressivement discrédité par le
monde enseignant selon lequel sont dirigés vers le C.E.P. tous ceux
qui n’aiment pas l’école. En réalité, après le Certif, les scolaires
les plus prévoyants optent pour l’entrée en apprentissage ou une formation
professionnelle vers un CAP préparé en deux ou trois ans. Lorsque la crise va
s’étendre et avec elle le chômage, la seule parade ne sera pas de rendre
l’orientation professionnelle plus performante, l’une des faiblesses endémiques
de notre système éducatif, mais d’allonger la scolarité sans la mettre véritablement
en phase avec les défis du monde actuel. Il s’agit de caser des contingents
pour les mettre à l’abri du chômage sans les armer à y faire face.
Le Certificat d'Etudes Primaires est supprimé par
décret - et dans l'indifférence générale - au cours de l'été 1989 alors
que la France célèbre le bicentenaire de la Révolution.
La Belle Époque du Certificat d’Etudes
Le Certificat d’Études Primaires, premier
diplôme exigé pour la titularisation dans les administrations, doit attester
que son "impétrant" possède "ce qu'il n'est pas permis
d'ignorer", en lecture, écriture, calcul, sciences, mais aussi vie
pratique. Les candidats reçus à l’examen sont 14,8% en 1882, ils seront 35% en
1907. Exemples d’épreuves écrites à l’examen de 1900 : Problèmes : Un
ouvrier dépense 52,50 F par mois pour sa nourriture, 14 F par mois pour son
entretien, 72 F par an pour frais divers. Il place 108 F par semestre à la
Caisse d'Épargne. Combien gagne-t-il annuellement ? Dans combien d'années
pourra-t-il acheter, avec ses économies, une maison estimée 2 052 F ? Rédaction :
Quelques jours avant la révision, un jeune conscrit s'est mutilé
volontairement. Dans une lettre à un ami, racontez le fait et votre indignation
inspirée par une telle faute. Épreuves orales : analyse
grammaticale : « Le petit agneau suit de loin sa mère, et court au
devant d’elle ». Citez une locution adverbiale, une locution prépositive.
Quelle est la nature des propositions de cette phrase ? Épreuves
d’arithmétique et de système métrique (on veut ainsi lutter contre les vieux
réflexes à parler en livre ou en once). Histoire : Pendant la funeste
guerre de 70, quelle victoire importante remporte l'armée de la Loire ? Qu'est-ce qui l'empêche de
marcher sur Paris et peut-être de sauver la France ? Si le gouvernement
de Défense nationale n'a pu sauver la patrie, qu'a-t-il au moins sauvegardé ?
Suivent la Géographie, Leçons de choses, selon les régions : agriculture
et horticulture. Morale : Que faut-il faire pour remplir vos devoirs
envers votre âme ? (ne pas oublier la laïcité et l’anticléricalisme de
l’époque). Instruction civique et droit usuel : Quels sont les cultes
reconnus et subventionnés par l'État ? Qu'est-ce qu'un vice rédhibitoire ?
(idem que la question précédente). Suivent ensuite une épreuve de Chant, une
autre de gymnastique et pour les filles, d’économie domestique avec des
questions du style : Où est la place de la bonne ménagère ? En quoi
bavardages et cancans sont-ils nuisibles ? ou encore : Comment se fait la
lessive à la cendre ? Parlez des lessiveuses économiques.
Gérard Conreur pour France Culture 6 juillet 2010


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