6 août 1945 :
il fait beau sur Hiroshima, le temps est clair, l'atmosphère vivifiante et
tonique et pour un peu on pourrait se croire dans une ville tranquille et
active du Japon traditionnel d'avant-guerre.
En fait, la ville n'a jamais été réellement menacée par les bombardements de ces années de guerre au point que les habitants d'Hiroshima ne lèvent même plus les yeux vers le ciel lorsque les B-29 américains zèbrent le ciel pour aller bombarder d'autres villes jugées sans doute plus stratégiques ou plus importantes. La ville qui compte un demi million d'habitants, compte tenu du stationnement permanent d'une importante garnison militaire, est située bien loin de Tokyo, trop loin peut-être pour présenter un grand intérêt aux yeux de l'Etat Major américain.
Pourtant, cette fois, peu après 7h
les sirènes se mettent à hurler à l'approche d'un B-29 dont on apprendra plus
tard qu'il était en mission d'observation météo. Fin d'alerte une demie heure
plus tard. Peu après 8h, une autre forteresse
volante fera son apparition dans le ciel d'Hiroshima mais personne ne pourra
observer ce petit point noir qui s'est détaché du B-29 tandis que l'appareil
amorce aussitôt une fulgurante manœuvre de repli.
Cinquante-trois secondes après son largage de l'Enola Gay, la première bombe atomique, baptisée Little Boy explose à près de 600 mètres au dessus d'Hiroshima. A l'éclair nucléaire, suivra le sinistre champignon qui s'élèvera à plus de 10 000 mètres d'altitude dans un grondement de fin du monde.
Hiroshima vient de vivre son dernier matin. La ville toute entière a disparu. Il est un peu plus de 8h15.
L'enfer et le hasard
Little boy, la bombe qui détruisit Hiroshima le 6 août 1945 à 8h15, représentait une puissance d'environ 15 kilotonnes de TNT. Ce qui est faible en comparaison aux charges nucléaires modernes qui peuvent dégager une énergie exprimée, cette fois, en mégatonnes de TNT. Pourtant, 100 000 personnes périssent instantanément à Hiroshima à l'instant de l'explosion. 100 000 autres disparaîtront dans les cinq années qui suivront, des suites de leurs brûlures, de leurs blessures ou par suite d'irradiations. Aujourd'hui, soixante-cinq ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et malgré que le sujet soit tabou, on meurt toujours au Japon de la lèpre nucléaire...
Les bombes qui furent larguées sur Hiroshima et Nagasaki étaient sensiblement différentes l'une de l'autre. La première fut baptisée Little boy (P'tit gars) en raison de sa petite taille et malgré le fait que l'engin pesait tout de même quatre tonnes. Les militaires américains choisirent de la faire exploser à près de 600 mètres d'altitude au dessus d'Hiroshima afin d'en optimiser les effets destructeurs. C'était une bombe A à uranium enrichi et reposant sur le principe de la fission par opposition aux bombes H ou bombes à hydrogène de fusion nucléaire, plus connues encore sous le nom de bombes thermonucléaires.
Fat man (Gros mec) était également une bombe A mais au plutonium cette fois et d'une puissance équivalente à 22 kilotonnes de TNT. Elle aussi explosera à plusieurs centaines de mètres du sol. Les stratèges américains veulent être sûrs que l'explosion délivrera ainsi sa puissance maximale. En effet, en raison du caractère secret du projet Manhattan, des tests réels n'ont pu être menés. Fat man va tuer 40 000 personnes. Une déception pour l'équipage du bombardier et qui pose une autre question : pourquoi la ville de Nagasaki fut-elle choisie ?
Trois jours après le succès d'Hiroshima, le président Truman donne l'ordre de larguer une seconde bombe atomique sur le Japon. La cible visée est la ville de Kokura aujourd'hui Kitakyushu sur l'île de Kyushu à l'extrême sud-ouest du Japon. Mais les B-29 qui vont participer à cette seconde mission qui n'a plus le panache, ni l'étoffe de pionnier de l'Enola Gay vont essuyer une série de déboires invraisemblables.
Ce jour-là, le ciel est plombé. La couverture nuageuse
épaisse n'autorise pas la moindre visibilité. De plus, les bombardiers
américains sont ballotés comme des fétus de paille au milieu d'une véritable
tempête qui malmène appareils et équipages. Et puis survient une panne de
radio. Impossible de revenir à la base de Tinian dans le Pacifique avec Fat man
à bord, une bombe atomique de plusieurs tonnes dans la soute et qui, de
surcroît, est armée. Le temps perdu en manoeuvres de vol et en recherches de la
cible ont consommé trop de kérosène : il faut larguer coûte que coûte Fat man pour
alléger l'appareil avant que le B-29 lui-même ne s'écrase en mer.
Brusquement sur le chemin du retour, un trou dans les nuages laisse apparaître des routes, les premiers bâtiments, bientôt une cité toute entière. Durant quelques instants, l'équipage se concerte et arrête une décision unanime.
A Nagasaki, il est exactement 11h01.
Gérard Conreur pour France Culture, 6 août 2010
En fait, la ville n'a jamais été réellement menacée par les bombardements de ces années de guerre au point que les habitants d'Hiroshima ne lèvent même plus les yeux vers le ciel lorsque les B-29 américains zèbrent le ciel pour aller bombarder d'autres villes jugées sans doute plus stratégiques ou plus importantes. La ville qui compte un demi million d'habitants, compte tenu du stationnement permanent d'une importante garnison militaire, est située bien loin de Tokyo, trop loin peut-être pour présenter un grand intérêt aux yeux de l'Etat Major américain.
| Le dernier matin |
Cinquante-trois secondes après son largage de l'Enola Gay, la première bombe atomique, baptisée Little Boy explose à près de 600 mètres au dessus d'Hiroshima. A l'éclair nucléaire, suivra le sinistre champignon qui s'élèvera à plus de 10 000 mètres d'altitude dans un grondement de fin du monde.
Hiroshima vient de vivre son dernier matin. La ville toute entière a disparu. Il est un peu plus de 8h15.
L'enfer et le hasard
Little boy, la bombe qui détruisit Hiroshima le 6 août 1945 à 8h15, représentait une puissance d'environ 15 kilotonnes de TNT. Ce qui est faible en comparaison aux charges nucléaires modernes qui peuvent dégager une énergie exprimée, cette fois, en mégatonnes de TNT. Pourtant, 100 000 personnes périssent instantanément à Hiroshima à l'instant de l'explosion. 100 000 autres disparaîtront dans les cinq années qui suivront, des suites de leurs brûlures, de leurs blessures ou par suite d'irradiations. Aujourd'hui, soixante-cinq ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et malgré que le sujet soit tabou, on meurt toujours au Japon de la lèpre nucléaire...
Les bombes qui furent larguées sur Hiroshima et Nagasaki étaient sensiblement différentes l'une de l'autre. La première fut baptisée Little boy (P'tit gars) en raison de sa petite taille et malgré le fait que l'engin pesait tout de même quatre tonnes. Les militaires américains choisirent de la faire exploser à près de 600 mètres d'altitude au dessus d'Hiroshima afin d'en optimiser les effets destructeurs. C'était une bombe A à uranium enrichi et reposant sur le principe de la fission par opposition aux bombes H ou bombes à hydrogène de fusion nucléaire, plus connues encore sous le nom de bombes thermonucléaires.
Fat man (Gros mec) était également une bombe A mais au plutonium cette fois et d'une puissance équivalente à 22 kilotonnes de TNT. Elle aussi explosera à plusieurs centaines de mètres du sol. Les stratèges américains veulent être sûrs que l'explosion délivrera ainsi sa puissance maximale. En effet, en raison du caractère secret du projet Manhattan, des tests réels n'ont pu être menés. Fat man va tuer 40 000 personnes. Une déception pour l'équipage du bombardier et qui pose une autre question : pourquoi la ville de Nagasaki fut-elle choisie ?
Trois jours après le succès d'Hiroshima, le président Truman donne l'ordre de larguer une seconde bombe atomique sur le Japon. La cible visée est la ville de Kokura aujourd'hui Kitakyushu sur l'île de Kyushu à l'extrême sud-ouest du Japon. Mais les B-29 qui vont participer à cette seconde mission qui n'a plus le panache, ni l'étoffe de pionnier de l'Enola Gay vont essuyer une série de déboires invraisemblables.
| le B29 |
Brusquement sur le chemin du retour, un trou dans les nuages laisse apparaître des routes, les premiers bâtiments, bientôt une cité toute entière. Durant quelques instants, l'équipage se concerte et arrête une décision unanime.
A Nagasaki, il est exactement 11h01.
Gérard Conreur pour France Culture, 6 août 2010
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